Boby Lapointe (Robert, Jean-François, Joseph, Pascal Lapointe, dit), né le à Pézenas (Hérault), décédé dans cette ville d'un cancer le , chanteur français, surtout connu pour ses textes parsemés de calembours, de contrepèteries et d'à-peu-près.
L'enfance et les études
« Élevé par mes parents. Études au collège. Fort en maths. », comme il le raconte lui-même dans ses mémoires, son côté fantasque et farceur se révèle très tôt. Dès son adolescence, avec quelques camarades de jeu, il prend plaisir à narguer le bourgeois et à ridiculiser la société bien-pensante et le clergé.
Cependant, son rêve est de voler : il ambitionne de devenir pilote d'essai, et se montre bon en sciences (notamment en mathématiques) à l'école tout en se révélant casse-cou avec des engins (plus ou moins) volants qu'il conçoit, réalise et essaie, sans se soucier des fractures qu'il accumule ni des hospitalisations subséquentes.
Après avoir obtenu son baccalauréat, il commence à préparer le concours d'entrée à deux grandes écoles françaises : l'École Centrale et Sup-aéro pour assouvir sa passion de l'aviation et des maths. Son génie technique le conduit aussi à inventer dans cette même décennie un système d'embrayage automatique pour automobile, que les constructeurs exploiteront avec succès bien plus tard. Le grand savant Louis Leprince-Ringuet, à qui Boby Lapointe présenta un traité de Mathématique, fut impressionné par sa rigueur de raisonnement et lui confia qu'il aurait pu se lancer dans la recherche. Il créa par la suite un mode calcul basé sur le binaire, appelé la numérotation Bibi.
La Guerre
Mais à l'âge de 20 ans, il doit abandonner ses études et est envoyé à Linz, en Autriche, en 1943 au titre du STO. Éternel insoumis, il s'évade la même année et rejoint, en mai 1944, sa région natale après sept mois d'errance sous différents noms d'emprunt. Une anecdote veut que parmi eux, il ait utilisé le nom de Robert Foulcan... Sa grande stature et sa force physique lui permettent de devenir scaphandrier au port de La Ciotat, essentiellement pour échapper aux recherches dont il est l'objet par les Allemands et la milice locale.
Son amour des mots et son envie d'écrire le poussent à partir de ce moment à composer des chansons dont le style est très marginal, tout en calembours, jeux de mots et contrepèteries, trop intellectuel pour qu'on lui donne facilement sa chance. Il rédige également un recueil de poésie et un traité sur les calembours. Il cherche des interprètes pour ses chansons, mais son style rebute : lors d'un gala de la chanson à Juan-les-Pins, les Frères Jacques qu'il y rencontre déclinent sa proposition, un peu effrayés par la complexité des textes truffés de calembours.
Les débuts et le succès
En 1946, il épouse Colette Maclaud, avec qui il aura deux enfants, Ticha et Jacky. Ils quittent La Ciotat et la famille s'installe à Paris, où il ouvre un commerce de layettes. L'affaire ne marche pas et la boutique met la clé sous la porte. Dans la foulée, le couple divorce et Lapointe change de métier pour devenir installateur d'antennes de télévision, sans arrêter l'écriture.
C'est en 1956 qu'il débute officiellement sa carrière musicale : Bourvil et Gilles Grangier choisissent une de ses chansons (Aragon et Castille) pour un passage musical où Bourvil chante, dans le film Poisson d'avril. Étienne Lorin, l'accordéoniste de Bourvil, est en effet devenu l'ami de Lapointe et a suggéré cette chanson à Bourvil. Bien que le film comme la chanson ne connaissent pas de succès, Lapointe est enfin introduit dans le milieu parisien.
Il fait ses grands débuts en tant que chanteur dans un cabaret parisien, le Cheval d'Or. Il y croise Anne Sylvestre, Raymond Devos, Ricet Barrier et Georges Brassens, avec qui naît une sympathie réciproque. Lapointe est remarqué non seulement pour sa présence physique (sa taille et son aspect athlétiques n'y sont pas étrangers, de même que ses airs faussement bourrus), mais aussi pour son élocution aléatoire et son style de textes tout en jeux de mots. Il devient ainsi l'attraction principale du cabaret et attire l'attention du réalisateur François Truffaut. Ce dernier imagine de lui faire jouer le rôle du chanteur de bar dans son nouveau film Tirez sur le pianiste, avec Charles Aznavour dans le rôle du pianiste. Les chansons choisies sont Framboise et Marcelle. Lapointe rencontre Philippe Weil sur le tournage. Celui-ci l'engage dans un autre cabaret parisien, Les Trois Baudets. En 1960 et 1961, Lapointe y enregistre deux disques avec notamment les chansons Marcelle, Le Poisson fa, Bobo Léon et Aragon et Castille, qui rencontrent enfin le succès.
Les compositions suivantes ne démentent pas ce succès : L'hélicon, Ta Katie t'a quitté, Saucisson de cheval, Comprend qui peut, Méli-mélodie, Le tube de toilette, La maman des poissons ...
Les années difficiles
Dans les années 1960, Lapointe et Brassens enchaînent les tournées et les récitals. Mais son côté fantasque lui fait commettre des erreurs. Quand il ouvre un café concert, « Le Cadran Bleu », la faillite survient rapidement. Brassens le secourt en épongeant une partie des dettes et l'aide à trouver des petits boulots pour vivre. Le directeur des programmes d'Europe 1, Lucien Morisse, intervient pour qu'il signe un contrat avec les disques AZ. Mais la période yéyé a commencé et le style musical de fanfare, sur lequel toutes les chansons de Lapointe sont basées, ne fait plus autant recette, ni sur les ondes, ni dans les bacs.
Lapointe reprend donc une carrière plus cinématographique, en jouant pour le réalisateur Claude Sautet : il est ainsi le demeuré brutal de Max et les ferrailleurs ou le chauffeur de bétaillère dans Les Choses de la vie. Dans le même temps, Joe Dassin pousse Lapointe à signer un nouveau contrat chez Fontana/Philips tout en devenant son producteur. Lapointe part en tournée pour promouvoir son dernier album, Comprend qui peut sous la houlette de Dassin. L'album est illustré par un portrait du chanteur réalisé par le peintre naïf Maurice Ghiglion-Green. Ce portrait deviendra d'ailleurs quelques années plus tard l'icône de Lapointe, en pull marin et le nez dans les pâquerettes.
En 1968, aux frontières de la cornichonnerie et du génie, il invente le système bibi-binaire, système de numération qui préfigure une voie que suivra l'évolution de l'informatique. Ce système sera publié en 1970 dans le livre Les Cerveaux non humains, introduction à l'Informatique (S.G.P.P.), de Jean-Claude Quiniou, Jean-Marc Font, Gérard Verroust, Philippe et Claudine Marenco.
Il continue à chanter toutefois, et sa dernière apparition en public se fait en première partie d'un concert de son ami et fan Pierre Perret à la salle Bobino à Paris.
La fin
Atteint d'un cancer, il meurt à cinquante ans à Pézenas entouré des siens le 29 juin 1972. Il n'aura enregistré qu'une cinquantaine de chansons, mais leur diffusion continue car il n'a pas été remplacé dans son registre indémodable.
Son fils Jacky, décède lui aussi du même sort le 28 août 2008...
Œuvres
Sa carrière discographique comporte onze disques vinyls et a fait l'objet d'une réédition sous coffret. Quatre CD sont édités chez Polygram.
- Intégrale des textes (Domens, 1994)
- Partitions : intégrale (Musicum, 1975)
Sur CD
- Intégrale (Polygram Distribution, 832654-2)
- Boby Lapointe en public (Polygram Distribution, 523359-2)
- Boby Lapointe Mes 50 plus belles chansons (Mercury, Universal, 984958-2)
Filmographie
Il participe à quelques films comme acteur mais aussi comme compositeur :
- 1960 : Tirez sur le pianiste de François Truffaut
- 1969 : Qu'est-ce qui fait courir les crocodiles ? de Jacques Poitrenaud
- 1969 : L'Ardoise de Claude Bernard
- 1970 : Les Choses de la vie de Claude Sautet
- 1971 : Max et les ferrailleurs de Claude Sautet
- 1971 : Les Assassins de l'ordre de Marcel Carné
- 1971 : Rendez-vous à Bray d'André Delvaux
- 1971 : La Veuve Couderc de Pierre Granier-Deferre
- 1971 : Chapagua de Don Reynolds
En 2008 sort le dévédé, compilation de ces chansons et interviews. Il contient entre autre un reportage sur Boby Lapointe.
Liste des chansons
- Aragon et Castille
- Framboise !
- Marcelle
- Insomnie
- Le Poisson fa
- Embrouille minet
- Petit homme qui vit d'espoir
- Bobo Léon
- Tchita
- Le Beau Voyage
- L'Ange
- Le Troubadour (ou la Crue du Tage)
- La Fleur bleue contondante
- La Fille du pécheur
- Eh ! Toto
- L'Hélicon
- Léna
- La Peinture à l'huile
- Eh ! V'nez les potes
- J'ai Fantaisie
- Leçon de guitare sommaire
- Ta Katie t'a quitté
- Je joue du violon tzigane
- T'as pas, t'as pas tout dit
- Le Papa du papa
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- Aubade à Lydie en do
- Lumière Tango (Loumiere's Tango)
- From Two to Two
- Saucisson de cheval n° 1
- Saucisson de cheval n° 2
- L'Ami Zantrop
- La Banane anana
- L'été où est-il ?
- La Question ne se pose pas
- Andrea c'est toi
- L'Idole et l'Enfant
- Comprend qui peut
- Monsieur l'agent
- Méli-mélodie
- Diba-diba
- Le Tube de toilette
- Madam' Mado m'a dit
- Moi, le philosophe et l'esthète
- La Maman des poissons
- Revanche
- Sentimental bourreau
- Ça va ça vient
- In the Desert
- Mon père et ses verres
- Je suis né au Chili
- Le Tigre
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Le bibibinaire
Féru de mathématiques, Boby Lapointe fut aussi l'inventeur d'une codification de la base 16, qu'il nomma bibibinaire (pour binaire puissance deux puissance deux). On nomme aussi cette codification bibi, et elle possède quelques avantages certains sur la codification classique.
Hommages
Un festival à Pézenas, le « Printival », permet la découverte de nouveaux talents de la chanson française.
Galerie
Sculptures devant la mairie de Pézenas :
Image:Boby1.JPG
Image:Boby2.JPG
Image:Boby4.JPG
Références
Liens externes
Quelques livres
- Huguette Long Lapointe, Boby Lapointe, Encre, 1983
- Jacques Perciot, Boby Lapointe, Denoël, 1997, coll. Document et histoire
- Alain Poulanges, Boby Lapointe, Éditions du May, 1994
- Le Boby Lapointe, textes illustrés, Mango, 1998, coll. Il suffit de passer le pont
- La maman des poissons, texte illustré par Fabrice Turrier, Didier Jeunesse, 2000, coll. Guinguette